Les lectures partagées de 2025 - 2026 - Médiathèque de Mouans-Sartoux

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CE QUE JE SAIS DE TOI

Eric Chacour

 


Premier roman d’Eric Chacour, écrit sur 10ans, publié en 2023, multi-primé
Prix Femina des lycéens 2023
Prix des Libraires 2024
Prix des cinq continents de la Francophonie . . .
Éric Chacour est né en 1983 à Montréal où il fit ses études et où il travaille dans une banque.
Ses parents d’origine égyptienne avaient migré au Canada. Ils appartenaient à la communauté
levantine ( francophone, chrétienne, en général aisée, de conformisme social important, bourgeoisie
occidentalisée) dont le nombre a très fortement diminué en Égypte.
Dans le roman, Éric Chacour fait revivre cette société levantine en Égypte et un quartier pauvre du
Caire, le Moquattam de 1961 à 2001; ce qui a nécessité des recherches auprès de sa famille et en
Égypte ( plusieurs séjours )
Le livre se découpe en 3 parties ( forme originale )
TOI. Emploi du Tu dont l’auteur sera révélé tardivement
MOI, l’auteur et NOUS
Nous découvrons deux familles :
D’une part Tarek, fils de médecin, sera médecin.

Nesrine, sa sœur.
Leur mère qui «tient son rang» surtout après le décès de son mari.
Mira qui épousera Tarek .
Fatheya, la domestique.

D’autre part Ali, jeune, beau et sa mère atteinte de la maladie de Huntington

Ils vivent dans le bidonville de Moquattam
La grande majorité du groupe a apprécié le roman :
Son écriture descriptive et captivante ( évocation par petites touches, délicatesse )
Sa forme et sa construction ( cependant déstabilisant pour certaines : l'emploi du TU )
Les non-dits et silences.
Les odeurs et bruits du Caire.
Les thèmes :
- passion amoureuse homosexuelle, traitée avec sensibilité et pudeur, dans ce pays
très corseté entre Tarek et Ali alors que tout sépare ( l’âge, le milieu, l’éducation, la
religion, le métier )
- la quête du père par Rafik
- la transmission
- la famille déchirée
- le rôle important des mères à la limite du matriarcat, mais aimantes,
surprotectrices. (Les personnages féminins sont très forts )
- rôles de la servante Fatheya, témoin et confidente parfois
Plusieurs du groupe ont été choquées par le comportement de Tarek : fuite au Canada, abandon de
sa famille, jugé égoïste même agaçant, il ne s’intéresse pas à sa sœur ni aux souffrances de son
épouse ( boulimie ) prend peu de responsabilités familiales, cependant il est généreux, il crée un
dispensaire dans le quartier déshérité de Moquattam en rupture avec son milieu, il est très
bon médecin et très bon chirurgien.

Sa fuite le conduira à l’ignorance de la naissance de son fils, Rafik ( nouvelle
complètement occultée par son épouse Mira )
Rafik en grandissant, se sentira abandonné, et recherchera sans cesse des informations
sur ce père absent. Fatheya sera très importante pour assurer la transmission car Mira, sa
mère refuse d'évoquer Tarek pour lequel elle a développé de la haine; ce n'est pas une
femme battante.
Discussion sur les sentiments d’Ali : amour, admiration pour Tarek et aussi... besoin
d’argent (Ali très doué, aidera Tarek dans son cabinet et commencera des études de
médecine avant d’être fauché par la maladie de Huntington comme sa mère ( maladie
neurodégénérative héréditaire )
Les personnages sont bien analysés, non monolithiques.
Tout le monde a apprécié la fin pleine d’espoir où Rafik va rencontrer son père à Boston,
grâce à l’aide de sa tante Nesrine ....
Un beau roman émouvant, écrit par Rafik pour son père .
La discussion s’est poursuivie : les droits des homosexuels selon les époques et les pays
...quel avenir maintenant ?
Interview sur Radio France (...que j’ai oubliée de lire lors de la discussion)
Eric Chacour : "C'est l'histoire d'un amour impossible. J'avais envie de raconter ça.
J'avais envie de raconter comment une vie peut dérailler. Parce qu'à un moment, on a vu
une étincelle et cette étincelle, dans mon cas, dans le cas de mon personnage, c'était une
histoire d'amour. C'est une rencontre qui n'était pas prévue entre deux hommes... Je crois
que j'avais envie de situer cette histoire-là dans l'Égypte de mes parents. Des parents qui
ont grandi dans une Égypte qui était très francophone et francophile, assez différente de
celle qu'on connaît aujourd'hui, et j'avais envie d'utiliser ça comme toile de fond pour mon
histoire d'amour impossible.
Le contexte : Le Caire 1961: Tarek a 12 ans et son père, médecin généraliste, se félicite
de voir son fils aspirer à lui emboîter le pas. Élève brillant, le jeune homme doit prendre la
succession de son père quand celui-ci meurt subitement. Assumant la patientèle du
cabinet paternel, Tarek prolonge ses journées en offrant des soins aux petites gens du
Moqattam, une colline à l’est du Caire. C’est là, dans ce bidonville miséreux, qu’il fait la
connaissance d’Ali, un jeune homme avec lequel il se lie plus qu’il ne l’envisageait.
« Ali te fascinait. Il y avait chez lui une liberté absolue, une absence de calcul, une
exaltation du présent. Il n’était lié par aucun passé et ne concevait pas l’avenir à
travers les mêmes contraintes que toi. Il se contentait de vivre et tu te surprenais

parfois à espérer que vivre serait contagieux. »

 

 

Eric-Emmanuel Schmitt

son œuvre (au choix) 

Eric Emmanuel Schmidt est un auteur franco- belge, très prolixe. Il a écrit dans des genres variés : pièces de
théâtre, romans, nouvelles, bandes dessinées, récits autobiographiques, essais, plutôt en format court, sauf le
dernier cycle en cours : La traversée du temps (5 ouvrages écrits sur 8 envisagés) sur l’histoire de
l’humanité.
Certains de ses ouvrages ont fait l’objet d’adaptations cinématographiques dont Monsieur Ibrahim et les
fleurs du Coran, Oscar et la Dame rose ..., ou télévisuelles.
Philosophe de formation, c’est un humaniste et les thèmes spirituels autour des diverses religions et son
amour de la musique apparaissent dans la plupart de ses ouvrages, ainsi que son sens de l’humour.

Ouvrages évoqués par l'assemblée  :


Romans

Poison d’amour : ce livre aborde des sujets sociétaux, sans grande originalité et un manque de
compréhension du cheminement des personnages mais le principe narratif de succession de journaux intimes
le rend très intéressant.
La rivale : dans l’ombre de La Callas.
L’élixir d’amour : original car présente la vision homme/ femme d’une même relation, à travers un recueil
de lettres entre les deux protagonistes.
La part de l’autre : genre de la dystopie : si Hitler avait réussi son examen d’entrée à l’école des Beaux arts
de Vienne, le monde aurait été changé.
L’évangile selon Pilate : vision originale avec des références aux différentes religions.
Ulysse from Bagdad : alternance moments tristes et gais autour d’un jeune homme pris dans la guerre et qui
subit l’exil et le parcours de migrant.
L’homme qui voyait à travers les visages : autour des livres religieux, Bible et Coran.


Romans et récits regroupé dans le Cycle de l’invisible

L’enfant de Noé : Joseph, 7 ans, est recueilli par le Père Pons, qui l’initie aux différentes religions et leurs
valeurs . Livre empreint de respect et de tolérance,
Félix et la source invisible : drôle et poétique
Les dix enfants que Mme Ming n’a jamais eus
Mme Pylinska et le secret de Chopin
Milareppa : Thème du bouddhisme

Récits autobiographiques

Journal d’un amour perdu : Sujet lourd car l’auteur évoque sa sœur Florence et une relation fusionnelle à
la mère. Le parcours de l’enfant est intéressant et éclaire certains aspects de l’auteur.
Le défi de Jérusalem : livre de commande moins apprécié.
La nuit de feu : évoque sa révélation de la Foi dans le Hoggar, et le changement profond qui se révèle en
lui, évoqué des décennies plus tard.

Nouvelles

La rêveuse d’ Ostende
Concerto à la mémoire d’un ange
La vengeance du pardon

« Le bruit qui pense »

Ma vie avec Mozart

Théâtre

Petits crimes conjugaux

Cycle La traversée du Temps

Paradis perdu : Préhistoire
La porte du ciel : Mésopotamie
Soleil sombre : Egypte
Très documenté mais ouvrages denses

Bande dessinée

Cui qui pense : album enfants illustré par Janry, ( Spirou & Fantasio) : deux niveaux de lecture autour de
l’histoire de ce poussin, seul de son espèce dans la basse cour, à la recherche de son identité : enfantin et
références plus adultes.

Commentaires

Ce qui ressort essentiellement de ces lectures est un style facile à lire, avec des formules positives et drôles,
des phrases poétiques, une grande tolérance.
Certaines ont été agacées par ces petites phrases légères, trop nombreuses.
Certains textes se lisent vite avec plaisir mais s’oublient facilement : « plaisir de la limonade « ...
La question s’est posée sur ses capacités à écrire un texte de plus grande durée : le cycle « La traversée du
temps » a cette ambition mais vaut surtout pour la quantité de documentation consultée et citée.

 

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 CONTINUER

de Laurent Mauvignier 

Laurent Mauvignier est un auteur français, lauréat du prix Goncourt 2025 pour son roman «La maison vide »

Ce roman retrace le voyage de Sybille, qui emmène son fils, Samuel, adolescent, en voyage à cheval à travers
le Kirghizistan, pour le sortir de son mal être et pour soigner, elle aussi, ses blessures personnelles.
Le processus narratif est construit autour de constants retours en arrière pour faire défiler, par petites touches,
les événements qui ont conduit ces personnages à se trouver là et à être ce qu’ils sont.
En 2018, ce livre est adapté en film par Joachim Lafosse.
Il semble être inspiré d’une histoire vraie, relatée dans « Dans les pas du fils » de Renaud & Tom François, le
père et le fils, avec la rédaction de Denis Labaye.

Les lectrices ont apprécié cet ouvrage, pour ses qualités littéraires, le sujet et la manière dont il est traité.

Elles ont été touchées par l’authenticité des personnages, la profondeur des sentiments exprimés.
Mais les personnages ne sont pas idéalisés : la mère a des problèmes d’alcoolisme, de dépression,
d’instabilité ; le fils a des comportements masculinistes, racistes, est dans le jugement constant de l’attitude de
sa mère.
Le père est présent dans l’histoire même s’il n’est sur place qu’à la fin mais il n’abandonne pas son fils.

Le livre débute avec une scène forte campant d’emblée le décor et les deux personnages principaux.
La mère est désespérée, notamment par le comportement de son fils qui l’a motivé à entreprendre ce voyage,
mais également déterminée . C’est une quête de la rédemption, pour elle, pour lui.
Les thèmes d’incommunicabilité entre la mère et le fils, de transmission, d’évolution des êtres et l’espoir,
malgré les obstacles, sont constamment présents.

Dans cette nature belle mais rude, la place des chevaux et leurs liens avec les humains est primordiale.
Ce qui va sauver ce voyage, malgré les incidents dramatiques auxquels ils sont confrontés, c’est la découverte
par le fils des écrits de sa mère. Il peut enfin comprendre la femme qu’elle est et le lecteur a les réponses à ses
questionnements.
Livre d’émotions, de questionnements, d’évasion

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UN CHOIX DE NOUVELLES

De Véronique Ovaldé, Marc Dugain, Pete Fromm

 

Marc Dugain est un écrivain français, plutôt auteur de romans dont « La chambre des officiers ». L’ouvrage
présenté, paru en 2008 semble être son unique recueil de nouvelles.


Pete Fromm est un écrivain américain originaire du Wisconsin.. Romancier et nouvelliste, il est l’auteur d’
« Indian Creek », roman autobiographique de son expérience dans les Rocheuses.


Véronique Ovaldé est une écrivaine française, autrice de « Ce que je sais de Véra Candida ». Le recueil de
nouvelles présenté est paru en 2024.


Commentaires
« En bas les nuages » de Marc Dugain,
Des lectrices ont apprécié les ouvrages de cet auteur mais plutôt les romans car globalement, cet ouvrage a
lassé et la plupart n’ont pas lu la totalité des nouvelles.
Une des idées récurrentes est un monde actuel d’hommes blancs, plutôt antipathiques et caricaturaux, assez
satisfaits d’eux mêmes. Ces personnages expriment peu leurs émotions.
Les « chutes » des nouvelles ont déçus comme si l’auteur avait du mal à leur trouver une fin.


« Avant la nuit »de Pete Fromm,
La toile de fonds de toutes ces nouvelles est la passion de la pêche à la mouche et les relations entre les
personnages (mari / femme, père / fils..)
Les lectrices ont apprécié l’atmosphère de ces textes, dans ces paysages du Montana où l’eau coule en
résonance avec les émotions et sentiments des humains, la tendresse exprimée avec retenue.
Certaines ont tout de même été lassées par les descriptifs de pêche, beaucoup l’ont lu avec des interruptions
entre les nouvelles. Toutes ont retenu la qualité de l’écriture.


« A nos vie imparfaites » de Véronique Ovaldé.
Ce livre a été apprécié, même si certaines ont été gênées car des nouvelles sont liées entre elles par des
personnages communs, comme si l’autrice souhaitait un roman mais n’avait pas été au bout de sa tâche.
Les lectrices ont apprécié l’écriture et qualifié l‘autrice de « gourmande de mots ».
L’ensemble apparaît inégal mais pétillant, savoureux, on ressent l’humour malgré les fêlures et les femmes,
globalement se sortent de leur épreuves petit à petit.

 

En bas, les nuages - 1Avant la nuit - 1

 

 

 

L'INCONNUE DU PORTRAIT

De Camille de Peretti

 

Camille de Peretti est une écrivaine française, qui a publié une dizaine de romans, explorant des domaines
littéraires différents : autofiction, romans historiques, biographies…

« L’inconnue du portrait » est un roman qui mêle histoire romancée, histoire de l’art et Histoire, autour d’un
tableau de Klimt, Portrait d'une dame, retouché par le peintre, volé, disparu et réapparu. Autour de ces faits
réels avec beaucoup de zones d’ombres, l’autrice a écrit ce qu’elle nomme une saga à suspense. On suit la vie
de plusieurs personnages, dont la vie est liée à ce tableau, à différentes époques (début du XXè siècle, krach
boursier de 1929, années 50 et contemporaines) et lieux (Vienne, Texas, New York & Italie).

Ce livre a été globalement apprécié pour le romanesque de la vie des personnages liée à des faits réels.
Il est défini comme une fresque, un roman foisonnant, invitant aux voyages dans le temps et l’espace
Certaines l’ont lu d’une traite, d’autres ont éprouvé le besoin de faire des pauses dans la lecture, car la mise en
place des divers personnages ne laisse pas deviner rapidement leurs liens et leur lien avec le tableau, (le
tableau lui même n’est évoqué qu’au chapitre 8).


Les lectrices ont été très intéressées par l’histoire du tableau mais se sont attachées aux personnages fictifs :
Martha, la jeune femme, abusée, rejetée et modèle de Klimt, Isidore le cireur de chasseurs qui devient un
industriel riche et épouse son amour de jeunesse, Pearl sa fille découverte et reconnue à la fin de sa vie.
Le livre propose, après un vrai suspense, une résolution (totalement inventée) de l’énigme du vol du tableau
en 1997, restitué au musée en 2019. Ce livre, sans le support de ce fait historique, serait plus fade.


Des réserves ont été exprimées :
- sur la difficulté de certaines de se retrouver dans ce livre, avec beaucoup de rebondissements,
- sur le côté trop romanesque,
- sur les débuts assez confus et une difficulté à relier les personnages.
La fin a été trouvée un peu trop synthétique, bâclée ? Rocambolesque avec des points non expliqués.
Mais, l’impression générale est celle d’un roman agréable à lire avec une écriture plaisante, une description
des différentes époques précise et crédible et une vraie originalité du sujet..

 

L'Inconnue du portrait - 1

 

 

 

POST MORTEM 

d'Olivier Tournut

      

Ce roman est un polar, un premier roman qui a reçu le prix du Quai des Orfèvres. L’intrigue se passe dans le domaine du trafic de tableaux réalisés par des faussaires.

Ceux-ci choisissent de reproduire des tableaux célèbres dont l’artiste a peint des séries, ou des tableaux perdus, volés, disparus… Géographiquement, l’action se passe à Paris, et permet ainsi une belle balade dans les rues et places de Paris.

Les participantes ont été choquées par la première scène de crime, particulièrement atroce ; certaines ont eu du mal à aller au-delà.

Globalement, nous avons aimé voir comment l’auteur mène l’enquête, avec une écriture très visuelle, et un double récit (celui du narrateur et celui de l’assassin).

Nous avons aussi appris comment déceler un faux.

Les lectrices du groupe de lectures partagées ont apprécié que l’enquête soit menée par deux femmes policières, mais regrettent que l’auteur leur donne des défauts souvent associés aux hommes (violence, alcool…) et ne développe pas leur psychologie.

Un débat s’instaure sur les différents auteurs de polars, anciens, ou modernes tels que : Mo Malo, Sonja Delzongle, Arnaldur Indridason, Camila Läckberg, Bernard Minier, Franck Thilliez, Elisabeth George, etc… Deux lectrices ont souligné l’excellente analyse  psychologique des personnages dans les romans d’Elizabeth George (« anatomie d’un crime »). A signaler la parution récente de cette autrice : « une lente agonie ».

Post mortem - 1