Exposition Sädus
SÂDHUS, Les hommes saints de l’hindouisme
Le mot de l’auteur
A l’heure actuelle, alors que le modèle occidental est remis en cause, la question de la spiritualité a plus que jamais sa place dans notre société. Parmi les voies explorées, la pensée indienne intrigue particulièrement. Les textes philosophiques hindous tels que la Bhaghavad Gita, les penseurs contemporains que sont Krishnamurti ou Swami Prajnanpad, figurent en évidence sur les étals des librairies. Il y a aussi ceux qui partent découvrir le sous-continent et qui en reviennent le regard souvent changé…
Voilà des années que je m’intéresse à la dimension spirituelle et mythologique de l’Inde au travers de projets photographiques, privilégiant toujours la rencontre au dispositif technique. Cette série est née du désir de montrer ces individus qui ont fait le choix d’une voie différente, que l’on pourrait croire inverse à la marche du monde. Je les ai côtoyés sans les idéaliser et dans le respect de leur quête de sagesse, sagesse dont j’essaie de saisir l’essence. Bien que peu d’ouvrages leur soient consacrés, les sâdhus sont très photographiés et sont devenus des icônes de l’Inde contemporaine et touristique. Partant du constat de leur représentation systématique dans le contexte du quotidien ou du rituel, ce travail est orienté vers une logique de studio, afin de faire passer l’environnement immédiat du sujet dans le hors champ. Dépouiller ces portraits de leur aspect « pittoresque » met en relief la singularité de l’individu et recentre le spectateur sur leurs regards. Ce dernier est alors en face à face avec le sujet, et s’il y est disposé, avec lui-même…
En son temps, André Malraux prédisait le retour du sentiment religieux. Il affirmait que « la tâche du XXIe siècle sera de réintroduire les dieux dans l’homme ». N’est-il pas raisonnable d’interpréter ce sursaut de religiosité comme un acte conscient, l’individu cherchant le divin en lui-même plutôt qu’en se conformant aux dogmes religieux hérités des traditions ? Pour cela, les chemins semblent innombrables et l’inspiration, globale, à l’image du monde dans lequel nous vivons.
Une singularité indienne
En sanskrit, le terme Sâdhus signifie littéralement « homme de bien » ou « saint homme ». Ils mènent une existence de renoncement souvent faite d’errances. Leur quête de sagesse est motivée par le désir d’atteindre l’état d’éveil. Chez les hindouistes, le but ultime de toute vie est de mettre un terme au cycle des réin- carnations, d’atteindre « moksha » qui est la libération de « mâyâ », l'illusion. On compte plus de 5 millions de Sâdhus et de Sâdhvis (femmes) en Inde et au Népal.
Certains d’entre eux sont des brâhmanes ayant accompli leurs obligations, qui choisissent de finir leur vie en ascète ou en ermite. D’autres le deviennent afin de s’extraire d’une caste, ou pour d’autres raisons matérielles ou spirituelles. Les chemins empruntés sont nombreux et comme eux-mêmes l’affirment, les sâdhus n’ont pas de passé.
Dans leur recherche d'absolu, les sâdhus s’adonnent à des récitations de man- tras (prières), pratiquent le contrôle du souffle, le yoga et la méditation. L’abstinence sexuelle est généralement de mise et permet de préserver une force considérée comme source majeure d’énergie spirituelle. Ils pratiquent également des rituels et des tapas. Ces dernières sont des austérités tel que des vœux de silence ou de ne pas manger d’épices. Elles peuvent aller très loin: station debout permanente durant des années ou encore, garder un bras en l’air sans jamais le baisser... La pratique des tapas est censée augmenter l’énergie spirituelle.
Il existe deux principales familles de Sâdhus. Les Shivaïtes portent une robe safran, ils sont dévoués à Shiva. Parmi eux, les Nagas babas sont les plus nombreux. Ils vivent généralement nus et couverts de cendres, ils portent également de longues jatas (dreadlocks). Les Vaishnavas sont des dévots de Vishnu et de ses avatars (Rama, Krishna,...). Plus sobres en apparence que les Shaïvas, ils sont vêtus d’un tissu jaune ou blanc. On les distingue également à la forme de leur Tilak peint sur le front.
Aujourd’hui encore, les Sâdhus sont fortement impliqués dans la vie quotidienne. Notamment dans les villages et à la campagne, prodiguant des conseils et inter- venant comme médiateurs dans les conflits. Ils vivent dans des ashrams et des ermitages ou sont des moines errants parcourant le sous-continent. Ils vivent d’aumône et possèdent peu de choses, généralement ce qu’ils peuvent emporter avec eux.
Olivier Remualdo, auteur photographe
Olivier Remualdo voyage dans le sous-continent indien depuis 2004. Sa démarche, centrée sur l’humain, s’exprime à travers le reportage et le portrait. Il explore le lien entre spiritualité, mystique et cheminement individuel, cherchant à faire de la rencontre entre photographe et sujet une expérience authentique dont l’appareil devient le médiateur.
Ses projets ont été présentés dans des musées, festivals et galeries en France comme à l’international. Son projet consacré aux Sâdhus indiens a notamment été récompensé par le Prix Lucien Clergue et désigné Grand Prize Winner au Best Blurb Book Contest à San Francisco. Il est l’auteur de deux monographies, dont Sâdhus : Les Hommes Saints de l’Hindouisme.
Il est également l’auteur de séries consacrées aux Fakirs Bauls du Bangladesh et d’un pèlerinage à pied vers les sources du Gange (Yatra), parcouru sur plus de 600 kilomètres aux côtés des ascètes. Depuis 2019, il poursuit cette recherche au moyen d’une chambre Graflex 4×5 pouces, affirmant une approche plus lente et méditative de l’image.
Ces dernières années, son regard s’est déplacé vers des formes plus introspectives. À une époque où le monde semble saturé d’images, l’un des derniers territoires à explorer demeure soi-même. Il développe ainsi un journal photographique intime autour d’un chemin de Compostelle entrepris à pied depuis Nice, conçu comme une traversée en trois actes. Après la Méditerranée (Iter Ad Mare) et les Pyrénées (Parvat, « montagne » en sanskrit), il poursuivra bientôt ce parcours vers l’Espagne, prolongeant une réflexion où la photographie devient aussi expérience intérieure.
Il vit sur la Côte d’Azur et partage son activité entre projets d’auteur et commandes pour institutions et entreprises, en France et à l’étranger.